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Discours du Président Bouteflika et de Mme la Gouverneure Générale Michaëlle Jean
(Alger, 20 Nov 2006)



 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toast du Président de la République à l'occasion du déjeuner officiel offert en l'honneur de l'Honorable Micha ë lle Jean, Gouverneure Générale du Canada 
Alger, le 20 novembre 2006
Palais du Peuple 

Madame la Très honorable Michaëlle Jean et très chère amie,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

Est-il si éloigné de nous, ce continent américain où vous avez le privilège d'exercer les plus hautes fonctions, Madame la Gouverneure G énérale ? Quelle immensité entre la lointaine Amérique et notre Afrique familière !

Et pourtant ! Si j'en crois Aimé Césaire, un homme d'engagement que vous connaissez bien, la distance entre nos pays est moins grande qu'il n'y paraît. Nul mieux que le grand poète martiniquais n'a su trouver les mots pour décrire la dérive des continents et, chanter, par-delà les souffrances des hommes en exil, l'histoire de leurs pérégrinations parfois salutaires.

C'est qu'entre notre Afrique et l'autre Amérique, il n'y aurait qu'une « ténuité délicate ». Ainsi, les flancs de l'archipel des Caraïbes secrèteraient-ils « pour l'Europe la bonne liqueur d'un Gulf Stream », faisant « déambuler l'Equateur vers l'Afrique ». Et cette Afrique elle-même, grâce à la magie poétique, chenille « gigantesquement jusqu'au pied hispanique de l'Europe ».

Aussi bien, je veux croire que les distances ne sont rien entre les hommes de bonne volonté. Entre mon pays et le vôtre, je veux croire en la proximité d'une histoire en partage. Car si Aimé Césaire place votre Haïti natale au centre de sa géographie poétique, c'est bien parce qu'elle est le lieu où « la négritude se mit debout pour la première fois », et avec quel panache, grâce à Toussaint Louverture.

Chez nous aussi, d'autres damnés de la terre ont décidé de secouer leurs chaînes un glorieux jour de novembre. Déterminés, ils ont fini par sortir de la nuit coloniale. Ils ont marché jusqu'au bout de la nuit, pour entrer de plain-pied dans la lumière et la dignité.

Soyez persuadée que mon discours, si protocolaire soit-il, a bien l'intention de déjouer les écarts qui, trop souvent, séparent les idées que l'on formalise, et celles qui nous ont formés et nourris. Faites-moi surtout la grâce de croire en la sincérité de ces paroles de bienvenue, intentionnellement placées sous les auspices bienveillants et chaleureux d'Aimé Césaire, un homme de là-bas, de la lointaine Amérique, mais qui jamais, n'a renoncé à ses racines africaines.

Cet homme a pointé son regard vers l'Afrique, « comme le poing à l'allongée du bras ». Il a libéré une parole sublime pour vous, pour nous, pour l'Humanité. Dans un désir inquiet et une angoisse maternelle, il nous demande de consulter jour après jour son « Cahier d'un retour au pays natal ». 

Vous voici donc, aujourd'hui, chez vous, en Algérie, pour la première fois. Vous voici aujourd'hui, de retour chez vous, comme pour exaucer le vœu tenace de Césaire qui avait la sensation de « tourner en rond dans la calebasse de son île ». Mais l'île antillaise n'était pas une clôture infranchissable ; et vous en êtes une preuve à la fois éclatante et admirable. L'Algérie se tient sur le seuil de l'Afrique pour vous recevoir.

Madame l a Gouverneure Générale,

En l'an 2000, j'ai effectué au Canada une visite d'Etat, et j'avoue en avoir gardé un souvenir lumineux. Comment oublier d'abord votre délicatesse et votre généreuse hospitalité ?

Comment oublier que la nature a comblé votre pays de ses bienfaits, le nourrissant à foisons, de fertilité et de formidables richesses ?  

J'ai pu, au cours de ma visite, apprécier pleinement ce que les hommes ont réalisé sur cet immense territoire canadien, parce qu'ils étaient animés d'un puissant esprit d'entreprise, mais dans le même temps, ils n'oubliaient pas que la grandeur d'une nation se bâtit avec la faculté d'accueil et d'intégration, ce qui fait la force de votre pays à travers une régénération continue. Dans votre grand pays qui ne se réclame d'aucune civilisation millénaire, mais qui se veut résolument tourné vers l'avenir, on n'exige du citoyen que le respect de la loi et rien que de la loi.

Votre pays ignore les nationalités d'origine, les ethnies, les races, les confessions pour former une nation unie capable de relever tous les défis d'un monde en perpétuelle gestation. C'est sans doute chez vous que l'on pourra trouver l'inspiration mobilisatrice pour tous les hommes et toutes les femmes qui veulent s'engager avec nous dans l'entreprise de paix entre les peuples que représente le dialogue ou l'alliance des cultures et des civilisations.

Je note avec satisfaction, que durant ces dernières années, les relations entre nos deux pays ont connu une évolution remarquable, illustrée à la fois par le volume et la diversité des échanges, sans oublier le nombre et la qualité des accords et des visites entre le Canada et l'Algérie. Ne sommes-nous pas votre second partenaire en Afrique et dans le monde arabe ?

Permettez-moi de souligner, entre autres, la signature toute récente d'un accord bilatéral qui, par-delà ses avantages matériels, donne sa pleine charge symbolique à notre entreprise d'un partenariat durable. Nos pays ont en effet signé le 5 juillet dernier, un accord sur l'ouverture d'une ligne aérienne directe entre Montréal et Alger.

Bien accueillie et bien intégrée, la communauté algérienne installée au Canada, pourra désormais, sans escale, revenir fréquemment dans le pays natal.

Mais du même coup, elle multipliera les opportunités déjà offertes aux Canadiens de venir en Algérie s'installer et continuer à travailler au mieux de nos intérêts réciproques, sans compter la part du plaisir personnel, inhérente au goût de la découverte et de la différence.

Le fait est que les entreprises canadiennes sont présentes en Algérie, tant en quantité qu'en qualité, dans des secteurs multiples et divers : la construction, l'ingénierie, les ressources naturelles ou la formation. Le bilan est donc très satisfaisant, mais nous ne saurions nous en contenter car nous pouvons évidemment faire beaucoup mieux.    

Nos pays ne pourront que se féliciter d'une coopération accrue et élargie à tous les domaines, d'autant plus que l'Algérie est entrée depuis quelques années dans une phase de développement accéléré, nécessitant un soutien solide de la part des pays amis.

Ce rôle de soutien au développement économique, social et technologique de l'Algérie, je suis sûr que le Canada est prêt à l'assumer, pleinement conscient des enjeux, confiant en un partenariat qui a déjà donné plus d'un gage de son efficacité. Ces dernières années ont démontré qu'à travers ce partenariat dynamique, nos pays ont appris à mieux se connaître et à s'apprécier.

A dire vrai, les relations entre le Canada et l'Algérie sont au beau fixe. Elles aspirent à l'excellence. Elles y parviendront, j'en suis convaincu, à la faveur de l'amélioration du climat politique et sécuritaire en Algérie qui a été trop longtemps livrée à l'interminable cyclone d'un terrorisme fratricide, nihiliste et dévastateur.

Trop longtemps martyrisé, le peuple algérien aspire à la paix et à la stabilité, rendues possibles par les succès d'une politique de réconciliation nationale et la mise en place d'un Etat de droit, fondé sur la pratique démocratique et le respect des droits de l'homme.

C'est là un défi redoutable qui a été relevé, grâce au courage de notre peuple et à l'audace d'une politique volontariste, bien décidée à aller de l'avant, convaincue que c'est là le seul moyen de sortir de la période de violence et d'affrontements destructeurs et meurtriers.  

Nous avons été encouragés dans nos efforts de redressement par les pays qui n'ont pas désespéré de nous. En bonne place parmi ces amis, figure le Canada qui a eu une attitude exemplaire, au plus fort de la crise que nous avons vécue dans les années 90. La sympathie confiante manifestée à notre égard par le Canada est allée droit à nos cœurs et nous en éprouvons pour votre pays une reconnaissance durable et sincère.

En vérité, Madame La Gouverneure Générale, votre pays, tout comme le mien, n'a jamais voulu transiger avec la justice et l'équité, avec le respect des droits fondamentaux aussi bien au plan interne, que sur le plan international. Nous croyons en la liberté souveraine des peuples. Nous croyons aussi en le droit d'autodétermination des peuples. Quel pays peut être assuré de ne pas être un jour, par les vicissitudes de l'histoire, le Koweït ou le Sahara Occidental de quelqu'un d'autre ?

Partout où l'Histoire l'a exigé et continue de le faire, nous sommes persuadés de trouver le Canada à nos côtés afin de poursuivre la grande œuvre prométhéenne : la promotion d'un nouvel ordre international, plus juste, plus humain, dans la perspective d'un multilatéralisme novateur et salutaire pour tous.

Aussi bien, et seulement à titre d'exemple, votre offre généreuse, lors du Sommet de Kananaskis, pour le soutien du NEPAD et du développement de l'Afrique, est restée gravée dans notre mémoire. Cette action sera comptabilisée parmi celles des hommes qui luttent, par-delà leurs différences immédiates et spécifiques, pour un monde plus humain, d'où seront bannies la misère et l'iniquité.

Frantz Fanon a magistralement décodé les mécanismes d'une aliénation dont les artifices doivent être neutralisés par les actions des hommes, à la manière de ceux qui décident de se mettre debout, déterminés farouchement à entonner l'antienne libératrice, farouchement décidés à entamer la longue marche de leur Histoire, abandonnant derrière eux les oripeaux  d'une pâle figuration, avant d'entrer dans l'éclat éblouissant d'un acte réhabilitateur.

Certes, l'Histoire des hommes se donne à lire bien trop souvent comme une tragédie, mais je suis de ceux qui veulent que cette tragédie ne nous donne jamais à voir un dernier acte, dont la signification serait démission et désespérance.

L'avenir appartient à ceux qui vont de l'avant. Leur chemin est escarpé, semé d'embûches, particulièrement en cette période de mondialisation qui voudrait nous faire croire à un développement durable dont les retombées seraient bénéfiques pour tous, y compris les pays dits « pauvres » ou par euphémisme « émergents ». Mais quelle que soit l'étiquette qu'on leur donne, les pays anciennement appelés du « Tiers-Monde » restent sur le quai tandis que le train de la croissance poursuit sa lancée à grande vitesse vers d'autres profits, toujours plus grands, et toujours pour les mêmes bénéficiaires.

Madame La Gouverneure Générale,

L'écart entre le Nord et le Sud continue à s'aggraver, accentuant les inégalités et les injustices. Nos pays, chacun dans la sphère de son appartenance géopolitique, peuvent et doivent encourager toutes les initiatives pour faire tomber les murs sur lesquels se fondent les clivages haineux et les exclusions mortifères.

Mieux encore ! ensemble, nos deux pays peuvent et doivent trouver les voies et les moyens nécessaires pour entreprendre la grande œuvre humaine de dialogue et d'échange interculturels, toutes choses propres à faire reculer l'indifférence et l'intolérance.

Voici venu « le temps de se ceindre les reins comme un vaillant homme ». Voici venu le temps de l'exécution de ces œuvres nobles qui feront échec à la déraison qui défie les règles du droit et le respect dû aux hommes. Dans ce brasier qu'est devenu le Moyen-Orient, la Palestine attend depuis trop longtemps un territoire et une capitale. Trop longtemps, là-bas, ou plus près de nous, des hommes s'entretuent, trop longtemps livrés à la haine, sans envisager une existence ordinaire dans une co-existence salutaire.

Que la Palestine naisse enfin et que cet acte de naissance historique, en accord avec la légalité internationale, soit à lui seul un gage de paix pour toute la région !

C'est là, un immense défi qui se pose depuis trop longtemps à la communauté internationale. L'Algérie s'est résolument engagée dans la voie de son succès, parce que la cause palestinienne est une cause juste, parce qu'il ne faut pas négliger les leçons que notre Histoire dispense en matière de liberté et de dignité. Ce sont là les principes mêmes qui ont fondé nos nations respectives, et je veux croire qu'à nos côtés, le Canada est prêt à prendre un « beau risque » en pariant sur la paix, en mettant à mort cette haine que durant toute sa vie, le poète militant Césaire s'est obstiné à combattre. Il avait pourtant toutes les raisons de haïr ceux qui avaient fait de lui le descendant d'un esclave, ceux qui l'avaient assigné à jamais à résidence d'exil, privé de son Afrique natale. L'homme a cependant su trouver en lui suffisamment de ressources humaines, pour semer dans nos cœurs ses ultimes prières.

Madame La Gouverneure Générale,

Vous me pardonnerez de terminer comme j'ai commencé. Je n'ai pas trouvé mieux que l'immense Aimé Césaire pour donner à ma voix les accents que je souhaitais pour vous accueillir et mériter votre bienveillante compréhension. Mon message de bienvenue s'est volontairement coloré des belles couleurs de l'Afrique et de l'Amérique, comme pour fixer l'image d'un monde bigarré qui n'a après tout, que les dimensions d'une calebasse insulaire.

Puissent y résonner encore longtemps les vibrations du discours politique avec ses rêves et sa poésie qui a nourri notre combat libérateur ! Puisse perdurer à jamais la complicité qui nous liait alors, à ces écrivains de la décolonisation, dont la plume se colorait aux arcs-en-ciel de l'Afrique et de l'Amérique.

Je vous remercie. 


 

Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean
Discours à l'occasion du déjeuner d'État offert par Son Excellence Abdelaziz Bouteflika, Président de la République algérienne démocratique et populaire

Alger (Algérie), le lundi 20 novembre 2006

Me voici enfin en terre d'Afrique. J'attendais ce moment depuis toujours. Sachez que pour la femme noire que je suis, le continent que j'aborde ici et où je prends la parole pour la première fois est celui des origines.

Mes ancêtres ont été arrachés à leur vie, dépossédés d'eux-mêmes, de leur langue, de leur nom, de leur mémoire, de leur histoire, de leur digne condition de femmes et d'hommes, pour être réduits en esclavage et déportés vers les Amériques. Je suis née en Haïti, là où, au bout de trois siècles de traite infâme, les esclaves ont été les premiers à briser leurs chaînes.

Ce voyage est pour moi chargé de sens et d'émotion. Et je me réjouis que mes premières visites d'État me conduisent vers ce continent auquel je me sens liée par l'histoire, par le cœur, par le sang.

Sachez aussi combien je suis heureuse d'inaugurer ce périple africain en République algérienne démocratique et populaire. Je suis ici pour vous dire, Algériennes et Algériens, l'amitié du peuple canadien.

Les liens qui unissent nos deux pays sont nombreux et particulièrement visibles au Québec où je me suis enracinée au Canada. Et où j'ai eu l'occasion de vous interviewer, Monsieur le Président, alors que j'étais journaliste à la télévision publique.

J'ai gardé un bon souvenir de vos réponses généreuses. Vous m'aviez alors invitée à visiter votre pays.

Me voici donc en Algérie. Dans votre magnifique capitale, Alger la blanche, il y a le bord de mer et la Casbah qu'il me tardait tant de découvrir. Cette lumière foudroyante qui, pour reprendre l'expression de Camus, « demande qu'on fasse acte de lucidité comme on fait acte de foi ».

Auprès des Algéroises et des Algérois, j'ai tout de suite reconnu un peuple riche de sa culture, fier de ses réalisations et résolument attaché au respect des valeurs de tolérance, de paix, de dialogue et de civilisation comme autant de remparts contre la barbarie.

Je sais. Je sais les ravages dont le peuple algérien a dû se relever après la « décennie de sang » et je salue son courage et sa volonté de miser sur les forces de vie.

À ce plan de réconciliation nationale, dont vous êtes l'artisan, Monsieur le Président, vos compatriotes ont répondu massivement pour marquer un pas décisif vers un meilleur avenir et pour que vive l'Algérie.

Le Canada accompagnera le peuple algérien dans l'édification de la paix sociale et des conditions nécessaires à la stabilité, sans lesquelles un pays ne peut atteindre son plein épanouissement dans le concert des nations.

Les cicatrices sont profondes. Des villages, des quartiers, des écoles, des vies sont à reconstruire. Plusieurs grands travaux d'infrastructure sont en cours, auxquels sont associées certaines entreprises canadiennes d'ingénierie.

Qu'il s'agisse de l'établissement de centrales thermiques à cycle combiné, de la mise en place d'un réseau d'adduction d'eau à partir du barrage de Taksebt ou de la maîtrise d'œuvre de la construction de la Grande Mosquée d'Alger, le Canada est fier de participer à la renaissance de l'Algérie.

La coopération entre nos deux pays est plus solide que jamais. L'Algérie est depuis longtemps le premier partenaire commercial du Canada en Afrique et au Moyen-Orient. En 2005, le total des importations et des exportations a atteint 4,4 milliards de dollars.

Mais, au-delà des chiffres, ce qui m'apparaît important, voire fondamental, c'est l'exemple incontournable que représente l'Algérie pour l'ensemble des pays africains qui veulent aussi emprunter la voie de la prospérité et maximiser les possibilités d'investissement et de développement.

L'Algérie est un membre fondateur du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique. Le Canada constate avec bonheur que vous, Monsieur le Président, avez fait de cette initiative une priorité et une composante clé de la diplomatie dans la région et dans le monde entier. C'est un rôle que nous vous encourageons vivement à poursuivre. C'est une responsabilité de toute première importance car l'avenir des peuples de l'Afrique en dépend.

Ces dernières années, plusieurs visites de haut niveau ont eu lieu entre nos deux pays, qui célébraient l'an dernier le quarantième anniversaire de l'établissement de leurs relations diplomatiques. Vous-même, Monsieur le Président, avez effectué une visite d'État au Canada en 2000 et avez accueilli le premier ministre Chrétien en 2002. Vous vous êtes également rencontrés en 2002, à Kananaskis, à l'occasion du Sommet du G8, ainsi qu'aux sommets de la Francophonie de Beyrouth et de Ouagadougou.

Puisqu'il est question de la grande famille qui a la langue française en partage, j'aimerais vous lancer une invitation. Le 3 juillet 2008 marquera le 400 e anniversaire de la ville de Québec, berceau de l'Amérique française et joyau du patrimoine mondial selon l'UNESCO. Quelque 50 000 Algériennes et Algériens sont établis au Canada, surtout dans la grande région de Montréal, et seront sûrement de la fête. Nous vous invitons à vous joindre à nous pour souligner cette date décisive de l'histoire du Canada et des Amériques.

Je tiens à rappeler également que l'Algérie a appuyé ces dernières années des initiatives internationales dirigées par le Canada, notamment la signature et la ratification de la Convention d'Ottawa contre les mines antipersonnel, et a même détruit ce qui restait de son stock à l'occasion d'une cérémonie tenue en novembre 2005. Ce geste sans équivoque en faveur de la paix mondiale vous honore.

Le Canada se réjouit aussi du rapprochement entre l'Algérie et l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord dans la lutte contre le terrorisme.

Depuis 2000, le programme de l'Agence canadienne de développement international en Algérie s'est intensifié. Trois axes d'intervention sont ciblés : la formation professionnelle, les initiatives locales et la société civile. Car, pour le Canada, l'essor économique est indissociable de la promotion des droits et des libertés de la personne.

Ainsi, plus de 180 activités appuyées par l'Agence canadienne de développement international et réparties sur près de 80 p. 100 du territoire soutiennent les efforts quotidiens et constructifs de femmes et d'hommes, de communautés et d'associations.

Permettez-moi ici de rendre hommage aux femmes algériennes. L'an dernier, au Salon du livre de Montréal, Yasmina Khadra, un auteur de chez vous qui était l'invité d'honneur du Salon, confiait à mes compatriotes que la femme algérienne avait été « plus courageuse que l'Occident lui-même en tenant tête à l'intégrisme ».

La journaliste que j'ai été a suivi avec admiration la résistance des femmes de votre pays. Le combat qu'elles ont mené, souvent au péril de leur vie, au nom de la justice et de la liberté, dépasse largement vos frontières et rejoint l'humanité entière.

Je suis émue de saluer aujourd'hui devant vous l'infinie générosité et l'immense courage de mes sœurs algériennes. Car ces femmes nous ont appris que l'obscurantisme ne saurait l'emporter. L'« étincelle de réflexion » qu'elles ont fait jaillir dans nos cœurs, pour reprendre la belle expression de Senghor, court désormais comme un feu d'espoir dans le monde.

Il me tarde, Monsieur le Président, d'aller à la rencontre de vos concitoyennes et concitoyens. Au cours des prochains jours, j'aurai le privilège de rencontrer des parlementaires, des leaders, des artistes, des femmes, des jeunes, des entrepreneurs, qui incarnent toutes et tous les forces vives de l'Algérie moderne.Sachez que chaque main tendue, chaque regard, chaque parole s'inscriront en moi pour que je les répercute auprès des Canadiennes et des Canadiens.

Je suis chez vous aux portes de l'Afrique, dont j'ai tant rêvé, et ce voyage que j'entame avec vous est celui de la fraternité humaine. N'oublions jamais, comme le disait si justement Frantz Fanon, mon frère antillais, que nous avons « un seul devoir, celui de ne pas renier (notre) liberté au travers de (nos) choix ».

Que mes vœux de bonheur vous accompagnent. Veuillez également recevoir, Monsieur le Président, l'expression de l'amitié des Canadiennes et des Canadiens.



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